Echoué

25.02.2008 | Echoué

ECHOUE * CIRI * GESTRANDET

Une exposition de Miriam Schwamm

Echoué * Ciri * Gestrandet dont je vous livre ici la philosophie, est aujourd’hui dans sa phase préparatoire (collecte des objets et esquisses).
Il s’agira d’une ample série d’œuvres qui naîtront au fil de la collecte des déchets que la mer apporte sur les plages de la Nouvelle Calédonie.
Mais cette réalisation n’est pas seulement guidée par l’acte « écologique » du ramassage des poubelles. Il ne s’agit pas simplement de l’acte artistique de faire de la récupe pour matière première de création.
Ce travail met en équivalence « l’échouement » des poubelles sur les plages et « l’échouement » de l’humain dans le monde d’aujourd’hui.
Souvent il s’agit de l’humain sortie d’un système de vie en communauté qui cultivait un lien fort avec ce vivier primordial qu’est la terre, échoué dans une société industrialisé. De la même manière, celui qui a grandi dans un monde d’adoration de la consommation et du « tout-jetable », se trouverait démuni, échoué dans une société ancestrale dont il ne connaîtrait pas les codes et le fonctionnement.
Nous avons crées un monde qu’on pourrait résumer dans cette image : Des amoncellements d’immondices parfaitement non-dégradables posés sur fond d’image d’Epinal, une belle plage du Pacifique. Une dissonance qui soulève l’interrogation sur l’absurdité de l’état actuel des choses, un chapelet en matière plastique comme des points de suspension que nous contemplerions dans l’attente de quelque dénouement logique.
Dans mon cas, ramasser même qu’infiniment peu des déchets d’un monde qui m’a vu naître et grandir, c’est un peu vouloir réparer les dégâts tout en cherchant des réponses.
En créant des œuvres plastiques avec ces poubelles, pour les recycler sans les idolâtrer, elles deviennent des symboles, des témoins dans le temps du monde actuel, des témoins d’une société imparfaite et absurde.
Car il est beaucoup trop tard pour croire que revenir dans une société dite « traditionnelle » soit la solution, et il est beaucoup trop tard aussi pour croire dans la merveilleuse conquête de l’industrialisation – la seule chose qui nous reste à faire, c’est d’avoir le courage d’imaginer une société nouvelle qui soit obligatoirement composite et métisse.

L’exposition sera développée sur quatre volets complémentaires qui se soumettent tous à l’utilisation exclusive des poubelles que la mer rejette, sans toucher aux coquillages, sable, coraux, bois flotté etc. (l’utilisation du bois ne sera faite qu’à partir du moment où il est usiné).

I. Il s’agira pour la partie tridimensionnelle premièrement d’une quinzaine d’œuvres en haut-relief, des grands formats aux formes variables.
Dans chacune des œuvres se retrouvera en tant que fil rouge un petit personnage, Kito, qui est à mi-chemin entre l’enfant et l’adulte et qui, tout en étant spectateur à l’image du visiteur de l’exposition, devient acteur dans l’histoire de l’œuvre. C’est lui qui tente de communiquer, c’est lui qui par ses actes pose les questions.
C’est ce personnage aussi qui symbolise l’espoir car il personnifie l’intelligence, la candeur et l’inventivité qui se trouve en chacun de nous.
Car même si le propos peut sembler quelque peu sombre parfois il y a la force créatrice et l’espoir, qui sont aussi le propre de l’homme.
II. Une grande pièce centrale est constituée d’une petite embarcation en bois (env. 3 m de long). Arche de Noé, radeau de survie ou coquille de noix elle symbolise le voyage vers l’inconnu, la quête ancestrale et toujours d’actualité, vers une vie nouvelle et harmonieuse.
III. A cet ensemble s’ajoutera une série de mobiles qui symbolise la fragilité des systèmes naturels complexes que la société d’aujourd’hui soumet volontairement à des pressions considérables. Ces créations aériennes suspendues par un fil seront travaillées avec l’idée de l’envol, du « tendre vers… ».
IV. Le propos sera complété par un volet bidimensionnel constitué d’une série de gravures sur bois, les matrices étant le bois usiné (contreplaqué, planchettes etc.) que la mer rejette sur les plages. Ce bois provient essentiellement d’embarcations réellement échoués et constitue ainsi le support par excellence pour un travail axé sur les traversées et les naufrages dans la mémoire collective européenne et océanienne. D’autre part des gravures seront réalisées avec des claquettes échouées elles-aussi. Ces gravures travailleront plutôt sur le chemin individuel de chaque être humain, car avant d’échouer quelque part, il y a eu naufrage et il y a eu survie en nécessaire soumission aux éléments. Le chemin passera-t-il obligatoirement par cette catharsis là ?

Echoué, ciri, Gestrandet, ces trois mots veulent dire la même chose dans ces trois langues que sont le français, l’ajié-aro et l’allemand.
Pourquoi alors ce triple titre ?
Une autre langue symbolise un autre mode de pensée, et pour créer une société métisse, la mise en égalité de la différence et l’apprentissage de l’autre me semble primordial.

Pour cette exposition, un espace d’une certaine envergure me semble nécessaire. Je pense que la construction d’une salle d’exposition en tant qu’édifice éphémère, faite avec des containers serait d’une symbolique intéressante. Ces cubes qui traversent les mers et amènent ici cette même marchandise se retrouvant par la suite en tant que poubelles sur les plages. Ces cubes qui construisent des murs parfois, deviendraient écrin d’un travail artistique d’envergure et proche de l’interrogation des gens. Un signal et un geste fort, en dépassant les clichés convenus, pour édifier la volonté de construction de chacun.

05:50 Publié dans Art @ Miriam: Projets & expos en préparation... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'art de la recupe, exposition, Nouvelle Calédonie

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