Dans le musée de Nouvelle Calédonie

02.05.2008 | Dans le musée de Nouvelle Calédonie

Représentations

Cette exposition est tout d’abord le fruit d’un voyage que j’ai effectué en 2007 en Allemagne, le voyage d’une Calédonienne de cœur dans son pays d’origine. Mais c’est surtout le fruit d’une création qui se veut génératrice de lien.
Je suis désignée étrangère en Nouvelle Calédonie, c’est écrit sur ma « Carte de séjour d’étranger ». Etrangère, alors que presque la moitié de ma vie s’est déroulée ici. En Allemagne aussi, je suis devenue une étrangère. Beaucoup de choses ont changé depuis seize ans et la vie a continué sans moi.
D’après Karl Valentin* : « ‘Etranger n’est l’étranger que dans l’étranger », mais ni l’un ni l’autre me sont totalement étrangers, les deux me sont très familiers aussi.
Alors étrangère-familière, ici et là bas, et du coup passeuse, tisseuse de liens entre ces deux mondes ?

La visite au musée du Quai Branly m’a réconfortée dans ce projet. J’y ai trouvé les objets de Nouvelle-Calédonie, et je me suis sentie proche d’eux sans vraiment les connaître. Ils y sont exilés depuis plus d’une centaine d’années pour la plupart et l’envie d’en ramener en Nouvelle Calédonie par le dessin a guidé l’organisation de mon séjour à partir de ce moment-là.
Arrivée en Allemagne, j’ai pris contact avec les musées de Berlin et de Brème, pour dessiner à Berlin les objets exposés et à Brême, où le contact fut d’ailleurs cordial avec Dr. Dorothea Deterts (chargée de la collection d’Outre-mer), les objets qui sont dans leur fond.
En douze journées de travail intense s’est créé un ensemble de 23 dessins portraiturant 19 objets en tout.

De retour en Nouvelle Calédonie, il fut évident qu’il fallait entrelacer ce lien recrée par un travail semblable ici, au musée de la Nouvelle Calédonie.
J’ai donc repris mes outils de dessin pour aller à la rencontre des objets utilitaires et symboliques Kanak, explorer leurs contours, textures et proportions en puisant dans les caractéristiques complémentaires du crayon couleur, graphite, charbon, encre et feutre.

A cette fin de représentation, le travail du dessin s’avère le meilleur outil, car en se concentrant pendant plusieurs heures sur l’objet représenté, il en capture la présence. En outre, le dessin, parce qu’il est une création « à la main », entretient un dialogue particulier avec l’objet portraituré qui lui aussi est création manuelle : le soin apporté à l’une comme à l’autre des créations engendre un flux, une dynamique qui ne demande qu’à se prolonger.

J’espère que ce dialogue artistique participe au développement de l’échange culturel entre le Pacifique et l’Europe autre que francophone, car pour le dire avec Karl Valentin* : « Quand l’étranger ne se sent plus étranger dans l’endroit ou il se trouve, il n’est plus un étranger », et que mon plaisir de les avoir réalisé pour vous les présenter génère un plaisir égal pour vous à les retrouver et de renouer ainsi le lien avec ce patrimoine si lointain et si proche.
Afin que le familier devenu étranger redevienne familier à nouveau…


*Karl Valentin :
Artiste multiple né à la fin du 19ème siècle, dénigré par les officiels jusqu’aujourd’hui, dont « l’œuvre est l’appel permanent, à ne jamais cesser d’être conscient, un plaidoyer pour le cote à cote égalitaire des expériences, points de vue et questionnements. »
(Andreas Knoll)
Extraits de « Die Fremden », 9.10.1940.

07:29 Publié dans Art @ Miriam: Projets & expos en préparation... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musée de Nouvelle Calédonie, Art, exposition, Musée Territorial

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